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23/04/2026

Redonner la chance que j’ai eue

À douze ans, Violaine Muûls avait un rêve : devenir journaliste. Un rêve d’enfant, comme on en fait tant, sauf que, pour elle, la vie a peu à peu pris soin d’en tracer le chemin…

En classe de rhéto, à l’Institut des Dames de Marie d’Uccle, nous avons eu la chance de suivre un cours d’actualité exceptionnel donné par Luc Beyer de Rycke, alors présentateur vedette à la RTBF. Il ne se contentait pas de nous parler du monde : il nous invitait à y entrer. Nous devions incarner les grands acteurs politiques du moment, défendre leurs positions, argumenter, comprendre les enjeux. Ce fut pour moi une révélation. Aujourd’hui encore, je me dis qu’un tel cours serait précieux pour aider les jeunes à distinguer le vrai du faux dans le flot d’informations qui déferle sur les réseaux sociaux.

Pendant mes études universitaires, j’ai commencé à écrire pour plusieurs magazines bruxellois. Là aussi, la chance m’a accompagnée. Engagée comme journaliste à l’hebdomadaire Spécial, j’y ai appris mon métier avec passion. Cette expérience m’a donné, quelques années plus tard, l’élan et la confiance nécessaires pour créer L’Événement. J’en ai été la rédactrice en chef pendant trente ans, de 1982 à 2012. Trente années d’un métier exigeant, intense, parfois prenant, mais que j’ai profondément aimé. Et qui m’a permis de concilier cette passion avec l’essentiel : mon mari, Baudouin Klep, et nos deux filles, Maroussia et Amala. Aujourd’hui, elles ont à leur tour des enfants qui illuminent notre vie.

Quand l’heure de la retraite est arrivée, je n’ai pas souhaité ralentir le rythme. J’ai simplement choisi de mettre mon énergie ailleurs. Vice-présidente de l’asbl Les Amis du Zoute, j’organise avec d’autres bénévoles plus de 70 activités par an pour nos 987 membres. Une manière différente, mais finalement assez proche, de continuer à rassembler, à partager, à faire vivre des projets.

Mais là où mon engagement prend tout son sens, c’est dans le Coup de Pouce scolaire aux élèves allophones, proposé par l’asbl Ages & Transmissions. Pendant les heures de classe, j’accompagne bénévolement des enfants venus de tous les horizons, qui arrivent dans nos écoles sans connaître un seul mot de français. Faute de « classes passerelles » en nombre suffisant, la plupart de ces élèves sont directement intégrés dans la classe correspondant à leur âge… alors qu’ils ne comprennent rien de ce qui s’y dit. Imaginez-vous à 10 ans arriver en 4e Primaire où l’on ne parlerait et n’écrirait que le chinois ? Langue que vos parents ne connaîtraient pas et pour laquelle ils n’auraient ni le temps, ni les moyens de vous aider !

Ainsi en est-il aujourd’hui à Bruxelles pour des milliers de jeunes allophones, confrontés dans l’enseignement fondamental et secondaire à cet immense défi. Pour eux, chaque journée d’école est une montagne à escalader. De quoi très vite s’essouffler et perdre courage. Leur offrir un moment rien qu’à eux, un temps d’attention et d’accompagnement, c’est leur donner une bouffée d’oxygène.

Mon rêve, désormais, est simple… mais ambitieux.

Que chaque Bruxellois francophone à la retraite tende la main à l’un de ces élèves primo-arrivants. Il suffit de 2 heures par semaine, pendant les périodes scolaires. Si vous disposez de ce temps, n’hésitez pas à me contacter : violaine.muuls@gmail.com Parce qu’une chance offerte au bon moment peut, parfois, changer toute une vie.

Propos recueillis par Philippe de Potesta

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