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Baronne Anne d’Ieteren – Le handisport transforme les êtres à part en êtres à part entière
Pouvez-vous décrire en quelques mots votre parcours ?
Issue d’une famille d’entrepreneurs, j’ai appris très tôt à voir dans chaque difficulté une occasion de rebondir. Passionnée d’équitation, j’ai pratiqué la compétition dans toutes ses disciplines avant qu’un accident ne m’oriente vers le dressage.
Ce tournant s’est révélé déterminant : j’ai eu la chance de remporter à plusieurs reprises le Championnat de Belgique, de participer avec succès aux Championnats d’Europe et du Monde, et d’être sélectionnée à deux reprises pour les Jeux olympiques. Malheureusement, ces sélections n’ont pas pu se concrétiser en raison de circonstances indépendantes de ma volonté, liées à des enjeux géopolitiques et linguistiques : en 1980, le boycott des jeux de Moscou par la fédération et, en 1984, le remplacement des cavaliers francophones par les cyclistes néerlandophones à Los Angeles.
Ces expériences m’ont profondément marquée et ont nourri mon engagement : depuis lors, je veille à ce que de telles injustices ne pénalisent plus les athlètes.
Après mon mariage avec un médecin réserviste para-commando, le Comité Olympique belge m’a proposé de rejoindre son conseil d’administration. D’abord hésitante, j’ai finalement accepté, portée par l’envie de défendre les sportifs. J’y ai été élue à l’unanimité et m’y suis investie durant de nombreuses années.
Comment êtes-vous devenue présidente du Comité Paralympique ?
En 1996, j’ai découvert les Jeux Paralympiques d’Atlanta, où l’équitation figurait pour la première fois au programme. Ce fut une révélation. De retour en Belgique, je me suis engagée avec mon club Quadrille à développer cette discipline : recherche de cavaliers, organisation de compétitions.
Pour ceux que cela intéresse, comme sponsors, bénévoles ou participants, le prochain Concours International de Para Dressage aura lieu du 23 au 26 avril prochain : www.quadrille.bz.
Aujourd’hui, la Belgique figure parmi les meilleures nations mondiales en para-dressage, ce dont je suis particulièrement fière.
Animée par l’envie de rendre au sport ce qu’il m’a apporté, j’ai accepté en 2009 la présidence de la Ligue Handisport, puis celle du Belgian Paralympic Committee. Mon objectif a été de professionnaliser l’encadrement des athlètes, de structurer les équipes et de renforcer les partenariats.
En quoi les Jeux de cette année ont-ils été différents ?
Les Jeux de Paris 2024 ont été tout simplement exceptionnels : des sites emblématiques, une atmosphère unique, et surtout des performances remarquables de nos athlètes, avec 14 médailles remportées, dont sept en or ce qui a permis à la Belgique d’être classée 20e pays.
Mais l’élan paralympique ne peut se limiter à un rendez-vous tous les quatre ans. C’est pourquoi nous développons aussi des projets pour les Jeux Paralympiques d’hiver. À Milan-Cortina, nos trois jeunes athlètes ont montré un potentiel prometteur, malgré des conditions exigeantes, leurs entraînements limités par rapport à ceux des nations de montagne et la météo défavorable cette année. L’avenir est en marche, avec de belles ambitions à l’horizon 2030.
Qu’en retirez-vous personnellement ?
Chaque parcours comporte des défis, mais aussi des ressources sur lesquelles s’appuyer. Le sport, et plus encore le handisport, enseigne la résilience, la persévérance et la capacité à transformer les épreuves en forces.
Une autre grande leçon est celle du collectif : rien ne se construit seul. Avancer ensemble, soutenir les autres, c’est ce qui donne du sens à l’engagement.
Le titre de noblesse a-t-il changé votre regard ?
Si ce titre peut contribuer à ouvrir des portes pour le handisport, alors il prend tout son sens. Et bien sûr, je le dois à toutes les personnes qui m’entourent et m’ont soutenue, à commencer par mon mari, mes 4 enfants et 5 petits-enfants. Rien ne se construit seul.
Quel message souhaitez-vous transmettre, notamment aux plus jeunes ?
La vie vaut mieux que les ordinateurs et les tablettes. Le sport, comme la musique ou l’art, offre une seconde respiration, un espace pour se découvrir et se reconstruire.
Restez curieux, ouverts, positifs. Apprenez à apprécier les petits moments, car tout peut basculer, mais il y a toujours des ressources et des personnes pour aider à se relever.
Et n’oubliez jamais : aider les autres est une force. C’est ensemble que l’on avance le plus loin.
À cet égard, la Baronne Anne d’Ieteren nous invite tous à suivre nos fantastiques Handisportifs sur www.handisport.be et peut-être participer au Gala annuel à la D’Ieteren Gallery le 19 novembre prochain.
Nous remercions Catherine de Dorlodot pour cette interview.
